Comment les comportements addictifs sont décrits dans "Le Joueur d'échecs" de Stefan Zweig

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Comment les comportements addictifs sont décrits dans "Le Joueur d'échecs" de Stefan Zweig

Message  Admin le Ven 22 Jan - 11:48

Le Joueur d'échecs est un livre qui raconte la lutte acharnée de deux cerveaux s'affrontant aux échecs. Un des deux présente des vrais symptômes (physiques et moraux) d'une addiction.

Un des deux joueurs raconte son histoire, pendant la seconde guerre mondiale il était enfermé dans une cellule sans fenêtres, sans aucun moyen de se distraire, rien à regarder, rien à faire, une véritable torture morale inventée par les nazis afin de le faire parler. Pendant des mois il est enfermé sans même avoir un moyen de compter les jours. Il commence à devenir fou jusqu'à ce qu'il arrive à voler un livre, un livre d'échecs qui va devenir son unique moyen de survivre. Il se plonge dedans assidûment, pendant des mois, apprenant par cœur les configurations des parties célèbres, jusqu'à se rendre fou. Les comportements addictifs sont très bien décrits.

Les premiers temps, de légers symptômes se font ressentir :
"Ce qui n'avait été d'abord qu'une manière de tuer le temps devint un véritable amusement."
L'homme n'est pas encore dépendant, cela reste encore agréable

Puis, lorsqu'il commence à avoir épuisé toutes les ressources du livre, il en veut encore plus...
"Pour m'occuper, pour me rendre cet effort et ce divertissement dont je ne pouvais plus me passer, il eût fallu un seconde volume" Il commence à ressentir un besoin...

Lorsqu'il a achevé de répéter 20, 30 fois toutes les parties du livre, il pense à en faire d'autres... Mais comment jouer contre soi-même ? On parle ici de dédoublement de personnalité, ou schizophrénie...
"Dès le moment où je cherchai à jouer contre moi-même, je me mis inconsciemment au défi. Le noir que j'étais rivalisait avec le blanc que j'étais aussi, et chacun d'eux devenait avide et impatient en voulant gagner." On entre dans un cercle vicieux, un point de non retour ?

"Tout cela paraît dépourvu de sens, et le serait en effet s'il s'agissait d'un homme normal vivant dans des conditions normales. Quelle histoire inimaginable qu'une schizophrénie aussi artificielle, quel inconcevable dédoublement de la personnalité !"

Nous allons voir comment son état s'aggrave :
"Ces parties d'échecs me causaient (...) une excitation presque maniaque" Nous voyons dans cette phrase que ces symptômes alarmants se font ressentir !

"Bientôt, mes nerfs irrités ne me laissèrent plus de répit" on constate une dépendance physique ...

"J'étais possédé et je ne pouvais m'en défendre ; du matin au soir je ne voyais que pions, tours, rois et fous" nous voyons que l'homme sombre dans la folie... bounce

"La joie que j'avais de jouer était devenue un désir violent, le désir une contrainte, une manie, une fureur qui envahissait mes jours et mes nuits" on voit qu'il ne pense plus à rien d'autre...

"Je ne faisais absolument rien d'autre du matin au soir" l'addiction a pris le pas sur tout le reste !

Tout ça jusqu'à ce qu'il implose, une crise qui l'emmène à l'hôpital, et qui l'éloigne définitivement des geôles nazies. Des années passent, jusqu'au jour où cet homme se retrouve sur un bateau, amené à disputer une partie contre le champion du monde d'échecs.

"Je ne jouerais qu'une seule partie. Ce sera le point final à une vieille histoire (...) une conclusion définitive, pas un recommencement. (...) Un homme qui a été atteint d'une manie peut retomber malade même s'il est complètement guéri..." Erreur de replonger là-dedans ?

L'homme commence donc la partie contre le champion du monde. Il donne des signes de rechute dans son addiction.

"Il se leva d'un bond (L'homme) et se mit à marcher (...) de long en large.(...) Il arpentait toujours le même espace (...) il refaisait sans le vouloir le même nombre de pas que jadis dans sa cellule." Rechute subite !

"Avec une hâte fiévreuse, il remit les pièces sur l'échiquier" L'homme est en train de rechuter.

"Tout son corps tremblait, comme secoué par une fièvre subite"

Le champion joue avec ses nerfs, en jouant, si bien que l'homme finit par craquer.

"Il me regarda avec des yeux de somnambule (...) -Remember, lui murmurai-je seulement (...) Il se leva aussitôt (...) [ et dit ] " c'est la dernière fois de ma vie que je m'essaie aux échecs " "

On voit ici qu'une addiction n'est pas soignée définitivement... Le fait de retoucher à un échiquier l'a fait replonger, c'est de même pour tous les types d'addictions, comme le soulignait mme Collignon, dans l'entrevue (cliquez sur "entrevue" pour avoir accès à la page) qu'elle nous a accordé.


STEFAN ZWEIG : Le Joueur d'échecs Edition : Le livre de poche

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